Lutte contre la Jussie sur le bassin du Loir en Eure et Loir
"En Eure-et-Loir, les premières observations de Jussie (Ludwigia peploïdes) datent de 1999, alors que quelques pieds avaient été observés par le Conservatoire botanique national du Bassin parisien. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur.
Malheureusement, nous ne sommes pas intervenus lors de l’apparition des premiers foyers et le problème a très vite dépassé les capacités financières et humaines de la Fédération. Nous ne sommes cependant pas restés inactifs.
En 2003, nous avons réalisé un inventaire sur l’ensemble du bassin du Loir pour alerter les acteurs locaux sur cette problématique et pour les faire réagir. Cela n'a pas permis d'engager des actions pour tenter de limiter l’extension de la Jussie.
En 2005, nous avons de nouveau réalisé un inventaire pour mettre en évidence la vitesse de développement de cette plante. Les résultats alarmants ont fait prendre conscience au syndicat de rivière et aux élus locaux de la nécessité d’une intervention d’envergure.
En 2006, une opération « test » a été réalisée par le syndicat, sur une portion du Loir fortement colonisée, ce qui a permis d’évaluer l’efficacité de la technique employée et le budget nécessaire à une opération globale.
En 2007, le syndicat et la Fédération, soutenus par le Conseil général d’Eure-et-Loir, ont réalisé une campagne d’arrachage sur l’ensemble du Loir et de ses abords.
De 2008 à 2013, l’arrachage s’est poursuivi sur le Loir et ses milieux annexes. Les opérations précédentes semblent avoir porté leurs fruits, puisque l’arrachage mécanique n’est plus nécessaire. L’intervention s’est résumée à un arrachage manuel qui a duré entre 2 et 8 semaines chaque année.
Mais, lors de nos inventaires, nous avons prospecté un affluent, en rive gauche du Loir : la Conie. Cette rivière de nappe au profil marécageux s’est avérée être le principal foyer d’alimentation en Jussie du Loir. Plus de 5 km étaient complétement envahis.
Faute de maître d’ouvrage et de financement, quasiment aucune action n’avait pu être réalisée sur la Conie. Un arrachage manuel a cependant été effectué chaque année, sur les deux derniers kilomètres (peu envahis), afin de limiter la recolonisation du Loir.
Une intervention plus globale était donc indispensable sur cette rivière afin de maîtriser le développement de la plante invasive.
En 2013, suite à la mise en place du Contrat Territorial Loir, la Fédération s’est portée maître d’ouvrage pour les opérations de lutte contre les plantes invasives sur le bassin du Loir.
C’est donc cette année-là que fut lancée la première opération d’envergure sur la Conie. Devant l’ampleur de la tâche, seuls 2 km ont été traités sur les 5 km de cours d’eau qui étaient envahis de jussie. Cette intervention a nécessité un important travail de débardage de bois mort, préalable à une intervention mécanique puis à un arrachage manuel de finition.
Les rémanents furent évacués puis étalés sur des parcelles agricoles éloignées du réseau hydrographique. Plus de 170 tonnes de jussie ont ainsi été arrachées en 2013. Cette opération a mobilisé la Fédération et 3 entreprises différentes pour un montant de 62 000 €, représentant 165 hommes/jours.
En 2014, nous n’avons eu recours qu’à l’arrachage manuel pour traiter les 3 derniers kilomètres et une opération d’entretien a été réalisée sur les secteurs traités les années précédentes. Après 5 semaines d’intervention, seules 5 tonnes avaient été retirées, bien loin des 170 tonnes de 2013 ! L’efficacité des travaux, combinée aux conditions météorologiques peu favorables, a permis de réduire considérablement le volume de Jussie.
Le constat est identique en 2015 puisque seules 3 tonnes ont été extraites de la Conie sur la totalité du linéaire. En 3 ans, cette opération d’envergure a mobilisé plus de 400 H/J pour un montant global de 117 000 €.
Depuis 2013, et avec maintenant 3 années de recul sur les interventions réalisées, nous sommes en mesure d’affirmer que le développement de la Jussie est aujourd’hui maitrisé sur le bassin versant du Loir. La mise en place du Contrat Territorial et son programme d’action sur 5 ans, l’efficacité des travaux menés, la surveillance continue du développement de la Jussie et la situation géographique du bassin versant du Loir (tête de bassin) sont autant d’éléments expliquant la réussite de cette opération.
Bien évidemment nos actions ne s’arrêteront pas là. Il est indispensable de poursuivre nos efforts et notre surveillance afin que la Jussie continue de régresser et, pourquoi pas, qu'elle disparaisse dans un futur proche..."
Témoignage d'Eloi Vaudolon, chargé de mission à la Fédération pour la Pêche et la Protection des milieux aquatiques d'Eure-et-Loir.