Les tourbières
Les tourbières, des milieux fossiles complexes et étonnement variés
Plusieurs raisons font des tourbières des milieux à part.
En premier lieu, leur situation entre milieu aquatique et milieu terrestre. En créant des conditions différentes, juxtaposées voire entremêlées, elle favorise la présence d’une grande biodiversité. Des espèces venues du nord ont pu perdurer après la dernière glaciation grâce au refuge offert par ces milieux froids.
Ces conditions s’apparentent en effet à celles rencontrées plus au nord ou en montagne : fraîcheur et humidité nocturnes, forts écarts thermiques entre le jour et la nuit. L’acidité et la faible teneur en éléments nutritifs accessibles pour les animaux et les végétaux accentuent la nécessité pour ces derniers de développer des adaptations très particulières, avec par exemple d’importants systèmes racinaires comme c’est le cas des linaigrettes ou des laîches. Plus que dans n’importe quel autre milieu, les espèces des tourbières sont étroitement liées entre elles par le biais de relations symbiotiques ou parasitiques.
Certaines ont en effet trouvé la parade et noué des partenariats : c’est ainsi que le Lycopode inondé, petite fougère, tout comme l'Épipactis, abritent sur leurs racines des champignons qui, en échange du gîte offert, fournissent aux plantes les minéraux dont elles ont besoin.
Araignées, libellules, papillons sont également au rendez-vous.
Mais là ne s’arrête pas leur intérêt. Les tourbières, témoins des âges passés, sont des archives bien rangées de données sur les dernières glaciations. Elles savent raconter à qui sait les déchiffrer bien des choses : on lit dans les pollens qu’elles renferment la succession des végétaux qui ont peuplé la région concernée au fil des siècles, ce qui en dit beaucoup sur les climats qui régnaient alors.
Milieu éponge, réserve d’eau, champ d’expansion ou encore zone de filtration, car les roseaux et les scirpes ont la capacité de fixer les molécules d’azote et de phosphore, sont autant de rôles joués par les tourbières dans la régulation du cycle de l’eau et le maintien de sa qualité. La tourbe, elle-même, peut piéger les particules polluantes. Elle stocke également le carbone de la matière organique partiellement dégradée, ce qui fait des tourbières de véritables puits de carbone.